26/01/2018 - Portraits

par nathalie marchal

Le “lucky dollar”

LA fabuleuse histoire

Plié en huit, gardé précieusement au fond d’une poche puis d’un portefeuille, reçu et ensuite transmis : ce dollar symbolise le lien qui uni plusieurs générations de cavaliers mythiques.

Longines World’s Best Racehorse

Le « lucky dollar » est un billet de 1 dollar plié en huit.

Tout récemment, H Equestrian Passion a rencontré les illustres champions olympiques Nelson Pessoa et Pierre Durand dans le très bel écrin campagnard du Haras de la Hussière, niché au cœur du Brabant Wallon. Un moment d’exception, faut-il le souligner, au cours duquel de nombreuses anecdotes ont été évoquées, comme autant de maillons formant l’extraordinaire chaîne de ces souvenirs qui appartiennent à la légende équestre. Celle que nous vous livrons aujourd’hui en est une pépite entre toutes. Et Pierre Durand nous l’a racontée avec beaucoup d’émotion.

Dans la poche

Séoul, Jeux olympiques de 1988. « C’était un matin, lors de la reconnaissance du parcours où allait se dérouler la première manche de l’épreuve individuelle de saut d’obstacles. J’étais à pied sur la piste et Bill Steinkraus est venu vers moi », se souvient-il. Bill Steinkraus ? « William Clark - surnommé Bill - Steinkraus a notamment été champion olympique - médaille d’or en individuel - en 1968 aux Jeux olympiques de Mexico, au Mexique, avec son superbe cheval Snowbound », précise-t-il. « C’est le premier cavalier américain à avoir été champion olympique individuel dans une discipline équestre, et pour moi il a marqué l’histoire du saut d’obstacles de par sa classe : c’était un cavalier magnifique, qui était extrêmement élégant non seulement à cheval, mais aussi à pied ». Le cadre est planté, on s’imagine la piste, l’ambiance particulière qui nimbe les Jeux olympiques, la concentration de Pierre Durand occupé à reconnaître le parcours d’obstacles, et sa surprise : « Bill Steinkraus était là dans l’entourage de l’équipe américaine.

Longines World’s Best Racehorse

... « Bill Steinkraus était là dans l’entourage de l’équipe américaine. Il avait quelque chose dans sa main, et il l’a glissé dans la poche de ma veste. Je lui ai dit : ’Bill, que faites-vous ? ’ et il m’a répondu : ‘Je te donne un billet, c’est un « lucky dollar » ...

Il avait quelque chose dans sa main, et il l’a glissé dans la poche de ma veste. Je lui ai dit : ’Bill, que faites-vous ? ’ et il m’a répondu : ‘Je te donne un billet, c’est un « lucky dollar »’. Le « lucky dollar », comme on l’appelle aux Etats-Unis - un billet de 1 dollar plié en huit - est un porte-bonheur.  « ‘J’aime beaucoup le couple que tu formes avec ton cheval et je voudrais qu’aujourd’hui vous soyez champions olympiques. Cela te portera chance’, m’a-t-il dit en souriant. Je ne suis pas superstitieux mais quand même, j’ai gardé le billet dans ma poche. Et j’ai gagné les Jeux olympiques ! ».

Longines World’s Best Racehorse

... «  Je ne suis pas superstitieux mais quand même, j’ai gardé le billet dans ma poche. Et j’ai gagné les Jeux olympiques ! » ...

Même rituel

Pierre Durand a conservé ce billet dans son portefeuille durant des années. « Quand celui-ci fut usé, je l’ai rangé dans un tiroir », poursuit-il. Et le précieux billet resta dedans. Jusqu’en 2004, avant les Jeux olympiques d’Athènes, où il refit surface comme par magie.

« Je préparais mes affaires avant de partir à Athènes pour y commenter les épreuves équestres, et en cherchant un papier, je suis tombé sur le portefeuille. Je l’ai ouvert, et le dollar y était encore. Je l’ai ressorti et j’ai pensé qu’il fallait à présent que je le transmette à un cavalier pour lequel j’éprouvais de l’admiration et de la sympathie. Et comme j’apprécie beaucoup Rodrigo Pessoa, je me suis dit : je vais donner le dollar à Rodrigo, en respectant le même rituel ». Pendant la reconnaissance de la piste, Pierre Durand est donc allé voir le jeune cavalier. « Je lui ai dit que j’avais un billet de 1 dollar pour lui, en lui expliquant très vite l’histoire et la manière dont il m’avait été donné, et que je souhaitais qu’il soit champion olympique ». Rodrigo Pessoa l’a à son tour placé dans sa veste.

Assez travaillé

Et il a été champion olympique ! Mais ce titre ne lui a pas été attribué immédiatement : le gagnant initial – l’Irlandais Cian O’Connor – a été déclassé des suites d’un contrôle antidopage positif sur son cheval Waterford Crystal. « Durant toute la durée de la procédure de déclassement, Rodrigo me disait, juste pour rire : ‘Ne t’inquiètes pas, le dollar fait son travail’. Et un jour il m’a appelé : ‘ça y est, le dollar a fini son travail, je suis champion olympique !’ ». Pierre Durand clôt alors cette très belle histoire : « Je lui ai demandé ce que l’on allait faire du dollar : ‘il a trop travaillé, maintenant, on arrête’, a répondu Rodrigo ! Et nous l’avons donné au Musée olympique ». Une manière emblématique d’illustrer l’esprit sportif ainsi que l’estime que se portent ces cavaliers qui forgent l’histoire du saut d’obstacles à travers les ans.

Longines World’s Best Racehorse

... « Comme j’apprécie et estime beaucoup Rodrigo Pessoa, je me suis dit que j’allais lui transmettre le dollar, en respectant le même rituel » ...

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